L'autonomie...

L'Autonomie

Je m'installe facilement dans une carapace. J’y trouve un abri obscur où je ne vois pas, n'entends pas, ne suis pas entendu et où j’ai toujours le dernier mot. Mais cette carapace m'empêche de me nourrir de l'extérieur : j'y respire mal, m'y trouve seul, ne reçois rien et lorsqu'une épine parvient à la percer, elle me renvoie à mes ombres et ma blessure est terrible.

 Je me regarde et conduis ordinairement ma vie en fonction de mon besoin de confirmation et d’après les appréciations extérieures qui semblent m'obliger à adapter ou calquer mes valeurs, envies ou sentiments pour faire plaisir, pour obtenir de la gratification ou conserver l'amour des autres. Cela me mène toujours à la privation de liberté, au conflit intra-personnel, à l’anxiété, à l'angoisse puis à la psychosomatisation.

 Pour respirer, je dois quitter mon monde, ma carapace, ma tour d’ivoire ou ma bulle. A l'extérieur, je risque de n'être pas toujours aimé ou systématiquement confirmé, mes blessures sont multiples mais ma fragilité me force à me développer et à résister : j'apprends de chaque agression ou frustration, j’accepte, je croîs, je m'élève, je vis… Tel est le chemin.

 Je deviens autonome quand je memets à faire des choix propres et libres pour piloter ma vie de façon personnelle et responsable. Quand je suis autonome, je suis le seul responsable, la seule personne qui génère mes sensations, mes émotions, sentiments et actes, seul dessinateur de ma vie actuelle. Ne pas confondre responsabilité et culpabilité. Rien ni personne n’à le pouvoir de déterminer ma vie sans mon consentement et ma collaboration, sauf par l’usage de la force physique. Aucun élément extérieur n’est capable de conditionner mon bonheur ou mon malheur, seul mon psychisme et ma production hormonale et nerveuse le font. Vérifiez-le.

 Pour vivre bien, je dois me sentir en sécurité, aimé, reconnu, accepté inconditionnellement pour ce que je suis et non pour ce que j’ai fait… Mais ces ressentis doivent provenir d’abord de moi-même. J'ai besoin d'être confirmé dans mes réussites et encouragé après mes échecs, à l'abri des jugements de valeur et des dénigrements. Pourtant, si mes désirs de justice, de respect, de considération, de sécurité, de confirmation et d’amour sont des désirs légitimes, personne ne me doit rien ! Pour éviter la dépendance égocentrique j’ai donc intérêt à trouver respect, justesse, amour, considération et reconnaissance en moi-même. C’est l’incontournable pré-requis à la bienveillance et à l’amour d’autrui, qu’il s’agisse de son conjoint ou pour ses enfants.

 Ma maturité psychologique apparaît lorsque je conceptualise et réalise mon interdépendance. Seul l’adolescent se croit indépendant et c’est une bonne façon de se détacher de la dépendance.  Je deviens autonome quand je prends conscience que je suis lié aux autres, qu’il n’y a qu’un nous et que le Je tout seul n’existe pas mais demeure illusion.
Je suis totalement indissociable de mon environnement. Mais je m’en distingue. Je reconnais et j’accepte que les autres soient différents de moi, qu’il s’agisse de mon chef, de ma boulangère ou de mon conjoint. Personne n’ignore cela mais nombreux ne disposent à cet endroit que d’un savoir nouménal, stérile puisqu’ils maugréent ou s’enguirlandent dès que l’opinion ou l’action d’autrui diffère de la leur.

 Je suis unique avec mes expériences, idées, chromosomes, valeurs et sentiments. Indissociable mais différent d’autrui, je cesse donc de prendre pour moi tout ce qui m’est dit, de réagir immédiatement lorsqu’on disqualifie mon travail, de penser ou de ressentir à la place de l’autre, d’avoir peur de blesser ou de vexer autrui, de faire les questions et les réponses. J’ai donc toujours à l’esprit une frontière qui nous distingue moi et l’autre. Je ne vis pas comme ou contre l’autre, mais avec. Je ressens le besoin d'affirmation et de confrontation, pas celui de compétition, de confirmation et d’affrontement.

 Insatiable cultivateur de l’Être, je suis simple, humble et attentif à la conduite de mon moi dans la justesse. Lorsque je suis autonome, je suis profondément vrai, authentique, congruent, intègre et cohérent. Il y a accord entre ce que j’exprime, ce que je pense, ce que je ressens, ce que je fais, ce que je vis, ce que je montre et ce que les autres voient. Ainsi mon charisme, mon autorité et mon amour s’entretiennent, je ne suis plus un courant d’air pour autrui, je ne mens pas et ne trompe personne. Mes pensées, mes choix, mon expérience et mon Être s'harmonisent alors, ce qui me conduit à un sentiment positif pour moi et pour l’autre. Quelque soient les circonstances extérieures, je suis en harmonie dans mon environnement. 

 J'ai besoin d'échecs pour serpenter sur mon chemin de vie, de façon à pouvoir tirer leçon, m'instruire, réviser mes certitudes, dépasser les obstacles extérieurs et internes, grandir encore. La vie ensemble n’est faite QUE pour cela. Même retiré sur une ile déserte, on ne peut pas éviter l’échec, ne serait-ce que celui de s’y retrouver seul ou affamé.

Mes opinions ne sont miennes que si je les observe et les met en pratique réellement et fidèlement. Elles ne sont fiables que si elles se vérifient à travers l’expérimentation, par mes choix menant à des évitements judicieux ou à des opérations constructives pour moi comme pour autrui. Ou alors elles ne sont que noumènes, contaminations, évitements, croyances, illusions, rationalisations ou intellectualisations.
Mes actes ne sont gagnants que lorsqu'ils me font vivre la vie que je choisis, qu’ils ne nuisent à personne et qu’ils servent moi et autrui. Si le résultat est imparfait je m’en contente, s’il est parfait je m’en réjouis et le savoure mais la vie nous accorde assez peu de succès. Vérifiez-le.  

 Lorsque les résultats sont erronés et que l'échec est consommé, je l’accepte sans culpabiliser quiconque. Je me remets en cause, je demande aux autres, je révise et vérifie mes avis, positions et certitudes sans craindre l'opinion ou la contrariété d'autrui. La réussite se trouve dans le chemin, pas dans le but. Ordinairement, les objectifs se succèdent, se multiplient, les exigences sont insatiables, vont crescendo et ne font qu’attiser la soif de victoires et de confirmation. Cela entretient et ravive la souffrance. Vérifiez-le.

 Je n’ai que deux alternatives : 1) Me conformer aux autres, être pareil, collé et indifférencié ou redevenir le vrai moi-même, droit, authentique et autonome.

2) Accepter, me laisser porter par le courant de la vie ou lutter sans cesse contre ses turpitudes. Accepter que les autres et la vie sont tels qu’ils sont et non tels que je voudrais qu’ils soient, ou bien résister, vouloir refaire le Monde, fuir ou me battre encore et toujours.

Ce sont ma probité, mon humilité, ma souplesse, mon expression, ma fluidité, mon empathie, ma tolérance et mon acceptation qui me permettent de voguer en moi-même, de m'ajuster à l'environnement, de faire des vrais libres choix puis d’en changer. Ma croissance, mon ouverture et ma solidité prennent alors de l'envergure.

 Il est très difficile et hasardeux de cheminer seul sur le chemin. D’autant plus que notre tête nous trompe constamment et que nous faisons confiance plus à nos pensées qu’à nos expériences. Et paradoxalement, on ne peut pas être autonome seul !

Pour me permettre de me réaliser, le parent, l'éducateur, l’ancien ou le praticien de la relation d'aide doivent vouloir m'offrir cet espace de liberté qu’est l’autonomie.

Et nous, comment proposons nous cet espace de liberté dans nos relations ?

Jean-Jacques Eric Brabant– Psychopraticien Transpersonnel– Toulouse – France.
Texte déposé à la Société des Gens de Lettres.