Gestalt-thérapie & Spiritualité

Page du trimestre

3eme trimestre 2021

LA CULTURE DE L'OBEISSANCE

Article de Hélène Bonis-Montoyat

 

Obeissance

Comment aujourd'hui exprimer sa colère, son ras-le-bol, ses saturations, son indignation quand les chiffres de la culture de l'obéissance demandée au nom des résultats sanitaires sont présentés comme étant une fin en soi?

Au nom de quelles causes est-il possible de restreindre nos libertés dans une démocratie qui inscrit la liberté au fronton de ses mairies? Aujourd'hui, soit le.la citoyen.ne s'adapte aux mesures sanitaires, soit il.elle est stigmatisé.e au mieux comme un.e mauvais.e élève au pire comme de dangereux énergumènes. C'est pour le moins me semble-t-il une vision binaire qui ne correspond pas à l'importance des enjeux.

Ce qui me préoccupe, c'est que sous prétexte de "santé" l'obéissance soit réclamée. Et tenue à l'écart " la santé mentale." Sous prétexte de gestion médicale, sont appliqués des outils de gestion sanitaire biologique sans grande préoccupation des conséquences humaines, sociales, sans prise en compte des répercussions psychologiques et financières, pourtant violentes, dont témoignent hélas les suicides d'étudiant.e.s à Lyon, Nîmes, Montpellier, La Rochelle, Strasbourg et aussi d'artisans et de commerçant.e.s.

Qui ignore encore au "Conseil scientifique de défense" qu'une personne humaine a besoin d'exister en tant que Sujet? La production de symptômes est visible et entendable comme des cris d'alarmes, depuis maintenant plus d'un an, Au Sujet sans reconnaissance d'existence, il reste le titre de mort-vivant.

Nous avons le recul nécessaire pour noter les conséquences du retrait social, et du confinement qui nous menace : isolement physique, affectif, psychique, émotionnel, manques d'espaces, libertés restreintes, médiations culturelles rognées. 

Les suicides de nos concitoyen.ne.s sont dramatiques. En tant que consultante dans des organisations professionnelles, cela me fait penser aux indicateurs quantifiables de la souffrance au travail quand seuls les indicateurs quantifiés comptent. Et donc a contrario, où tout ce qui n'est pas quantifiable n'existe pas.

Nous savons aujourd'hui après un an de crise sanitaire mondiale que la pression augmente dans les foyers comme dans les entreprises. Autour de moi, j'entends des témoignages poignants sur le non-sens, la soumission à des injonctions paradoxales, la perte de repères culturels partagés (théâtre, concert, fêtes), la disparition de rituels familiaux. Un constat de "à quoi bon" surgit quand se répète un langage métaphorique guerrier : " Nous sommes en guerre! Pour gagner cette guerre, il faut faire des sacrifices!." Et le droit à la différence de pensée et d'action s'amenuise. Comment ne pas interroger une société qui fait du risque individuel une conduite déviante ?  Comme si il y avait d'un côté ceux qui savent et de l'autre les ignorants. Nous sommes nombreux aujourd'hui, dans le champ psychologique et social, à pointer ces dissonances aggravées.

Entre le discours puissant d'une logique sanitaire et le droit à la liberté de choisir ses risques, des inégalités se creusent.      Il y a un écart de plus en plus profond entre ce que l'Etat demande et ce à quoi nous croyons : l'éducation, le droit à la formation partagée, les échanges vivants non dématérialisés, le droit d'aimer, de toucher, de rire, de voir et de prendre soin de ses proches La vie tout entière est un risque. Alors ne confinons pas notre créativité ni notre courage. Prenons le risque de vivre tout en prenant soin les uns des autres.

 

 

Insecurite