Pourquoi "toucher" et pas " massage" ?

Pourquoi « Toucher » ?                                   

Le toucher n’est pas un massage.  Le massage est un toucher qui, sur une personne, est  habituellement entendu par le fait de passer ses mains sur un corps avec des manœuvres d’effleurage, de frictions, de drainage, de pincé-roulé, de pétrissage, de pressions, de modelage dans un but préventif ou curatif. En regard de la législation, le mot massage est ambigu. Le décret 96-879 du 8 octobre 1996 relatif aux actes professionnels le définit comme suit :

« On entend par massage toute manœuvre externe, réalisée sur les tissus, dans un but thérapeutique ou non, de façon manuelle ou par l’intermédiaire d’appareils autres que les appareils d’électrothérapie, avec ou sans l’aide de produits, qui comporte une mobilisation ou une stimulation méthodique, mécanique ou réflexe de ces tissus. » 

Cette définition me paraît très technique et un peu dénuée de chaleur humaine. Elle est restrictive : selon elle, quand je prend mon enfant par le bras je lui fais un massage !
En 1994, j’ai écrit une définition du toucher, citée à l’introduction de cet ouvrage  :

« Le toucher est un don. C’est donner sa chaleur, c’est donner sa pudeur, et beaucoup d’émotion. Le toucher c’est entrer en relation, c’est apporter un peu d’attention, être touché, c’est avoir la conscience d’exister. »
  

La notion de Toucher est moins restrictive que le terme de massage car les possibilités sont élargies au-delà des manœuvres citées plus haut. En effet, nous pouvons :

  • toucher (dans tous les sens du terme) l’autre en lui posant une main immobile sur l’épaule ;
  • effectuer de micro mouvements, imperceptibles à la vue mais qui déclenchent une réaction, souvent à distance, du corps qui les reçoit ;
  • poser notre présence par les mains appliquées sur l’un de ses centres énergétiques et attendre de voir ce qui se passe – et il se passe toujours quelque chose ;
  • ralentir le rythme et nous placer plutôt dans l’écoute que dans l’agir ;
  • proposer oueffectuer, de façon inductive ou directive, des mobilisations ou étirements et des appuis ;
  • toucher l’autre avec notre dos, avec notre nez, avec nos fesses ou nos pieds : le toucher devient alors très ludique et les enfants s’y prêtent à merveille ;
  • toucher l’autre lors de jeux ou lors d’exercices de musculation, de théâtre, de gymnastique ou d’expression corporelle diverse. 


De fameuses injonctions parentales"Ne touche pas, c’est sale. Il ne faut pas toucher. C’est mal de toucher à tout.  Ne te touche pas…" ont pu, lorsque nous étions enfants, nous laisser croire que le toucher était malsain. L’expérience et la psychologie scientifique montrent qu’il n’en est rien, bien au contraire, et les adultes paient pour le redécouvrir. 

Le terme Toucher vient du XIIeme siècle, du latin toccare signifiant faire toc, heurter, puis atteindre et toucher. Ne dit-on pas : j’ai été touché par ses propos ? Etre détaché physiquement ou émotionnellement, c’est n’être pas en contact.

Toucher évoque ainsi une notion de proximité et d’intimité, il peut vouloir dire émouvoir, affecter, persuader, attendrir ou blesser. Il devient presque alors une émotion, d’autant plus que, comme elle, il est responsable de modifications hormonales, mécaniques (neuromusculaires) et psychiques. 

C’est en ce sens qu’il est bien plus qu’un massage.